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Centrafrique : De la nécessité de réécrire la Constitution, voire de la supprimer

Sandra MARTIN-WHITE

NEW YORK [LNC] – Thème surprenant à plus d’un titre. Réécrire la Constitution, soit, en Afrique, le document est tripatouillé régulièrement par les dictateurs au pouvoir pour se perpétuer, avec un trompe l’œil de légalité. Mais la supprimer ?

La Constitution, fondamentalement qu’est-ce que c’est ?
La définition usuelle pour les étudiants de Droit : Une constitution est la loi fondamentale d’un Etat qui définit les droits et les libertés des citoyens ainsi que l’organisation et les séparations du pouvoir politique (législatif, exécutif, judiciaire).

De manière plus condensé, la CONSTITUTION EST LA LOI DES LOIS D’UN PAYS. Tout texte de loi dans différents domaines doit s’y référer.
Des pays qui interdisent la peine de mort, autorisent l’avortement, le mariage intra sexe, etc…se réfèrent nécessairement et obligatoirement à leurs Constitutions.

POURQUOI LA REMETTRE EN CAUSE EN CENTRAFRIQUE ?

Pour une foultitude de raisons qui en contredisent les articles.
Quelques exemples :
– L’homme et la femme sont censés être égaux, et pourtant, contradiction, la polygamie est autorisée. manière de chosification de la femme et de l’inférioriser.
L’équilibre voudrait que la polyandrie de même soit acceptée.

– Des actes délictuels du pouvoir exécutif sont par principe condamnés par la Constitution.
Or, pour l’actualité récente, l’actuel président, au vu de tous a corrompu plus de 80 députés pour prendre le contrôle du Parlement.
Dans un pays “normal”, la Cour Constitutionnelle d’aussitôt s’auto-saisir pour formaliser ce que l’on nomme en Anglais “L’impeachment”, ou mise en accusation du Chef de l’état, pouvant lui valoir contrainte à démission, plus poursuites pénales. Ne rêvons pas !

– La loi de la laïcité n’est absolument pas respectée. Mais pire encore, le président lors de son investiture jure “Au nom de Dieu”.
Et régulièrement, politiciens et partis politiques, hauts fonctionnaires d’officiellement scander des : “Que Dieu bénisse la Centrafrique”.
Ce qui est complètement anti-constitutionnel !
Il appartenait à la Cour Constitutionnelle de faire des rappels à l’ordre à propos à tous. ce qu’elle ne fait pas.

La difficulté est que peu sont avertis du sens du mot : LAÏCITÉ.
Qui signifie, séparation stricte de l’Etat et des religions.
En droit laïc, la foi est une affaire personnelle et individuelle, ne devant en aucune manière faire consensus public, ni donner lieu à des prosélytismes contraints.
Or, combien de fois en RCA, le président du moment ne décrète-t’il pas des jours de prières obligatoires dans le pays pour tous ?

La confusion vient souvent de l’exemple américain, qui est un pays ouvertement religieux. Pas le cas légalement de la RCA.
La Constitution centrafricaine l’interdit.

– L’Accord de KHARTOUM ne pouvait pas s’appliquer sans un addendum dans la Constitution.
Qui y a pensé ? La présidente de la Cour Constitutionnelle ? Elle est aux fraises.

CONSÉQUENCES

Il s’avère au constat des faits, que la Constitution centrafricaine ne correspond pas aux réalités du pays.
Inutile donc de se battre contre des moulins à vent pour la faire respecter, puisque ceux en charge de sa protection la dévoient et ne la protègent pas.
Dès lors, soit on la réécrit, en spécifiant bien que l’homme et la femme ne sont pas égaux, du fait de la polygamie, que ce n’est plus un pays laïc mais religieux, le chef de l’état prêtant serment au nom de Dieu en faisant foi, que les délits d’état ne seront pas poursuivis etc etc etc….

Et en poussant le bouchon, pourquoi s’encombrer d’une Cour Constitutionnelle, ne servant strictement à rien ? Pourtant la garante du respect de la Constitution.

Parce que si la loi fondamentale ne correspond plus aux us et coutumes d’un pays, elle est de facto désuète et caduque.

Car il ne sert à rien d’entretenir des mascarades, c’est de l’hypocrisie. Voire du ridicule.

Le texte de la Constitution de 2016, qui l’a lu ? Personne.
Et pour cause, aucune copie n’a été distribuée à la population censée la voter par referendum.

Et perfidie absolue, le matin même du referendum, bien avant que personne ne se soit rendu dans les urnes, le texte était déjà acté par avance.

Dès lors, de qui se moque-ton ? Le Centrafrique vit déjà sans Constitution, autant faire l’économie de sa suppression.
Car cela ne changera rien à la réalité du pays.

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